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La newsletter de janvier

La newsletter de janvier

Des nouvelles du troupeau dans le monde d’après

« Comme la démocratie, l’eau potable fait partie de ce que l’on considère comme acquis jusqu’à ce qu’elle vienne à manquer ou soit polluée. Et tout comme la démocratie, la protéger demande beaucoup d’efforts et une attention permanente ».

Ainsi Alexandru Micu ouvrait-il son article du 28 décembre dernier sur… les palourdes du système de biomonitoring de l’eau potable de Poznań.

Dans cette ville de l’Ouest de la Pologne comme à Minneapolis (USA), ce sont des mollusques (et quelques capteurs) qui s’assurent de la qualité de l’eau… Leur vie en dépendant directement, ces organismes ont développé une hypersensibilité leur permettant de mesurer simultanément une conjonction d’indicateurs différents, ce que des capteurs artificiels – qui eux ne craignent pas pour leur vie – ne font pas avec autant de précision.

Selon les ingénieur.es, les moules et autres palourdes sont de bons indicateurs de la qualité de l’eau parce que leur seuil de tolérance aux polluants est très faible et que leur réponse est immédiate et catégorique.

Comme pour la démocratie, c’est peut-être en revenant aux basiques que l’on est le mieux à même de connaître la qualité de l’eau et de prévenir les virages autoritaires.

Bonne année 2021 à toutes et tous, et bonne lecture !

SAVE THE DATE : 11 FÉVRIER 2021 à 19H
RENCONTRE AVEC BERNADETTE BENSAUDE-VINCENT 

Le 11 février prochain à 19h, les Moutons accueilleront avec grand plaisir la philosophe et historienne Bernadette Bensaude-Vincent pour parler de son ouvrage : Temps-Paysage : pour une écologie des crises (Le Pommier, 2021).

« Crise sanitaire, crise financière, crise économique, crise politique, crise écologique, crise du climat, crise de la culture, crise personnelle… Les crises se multiplient si bien que l’on en vient à se demander ce qui n’est pas en crise ! »

D’après Bernadette Bensaude-Vincent, toutes ces crises au fond ne cachent qu’une chose : une crise du temps. La rencontre aura lieu en ligne, inscrivez-vous !

SURVEILLANCE

L’année 2020, haute en couleurs, a vu le déploiement des systèmes de surveillance s’intensifier en raison de la crise sanitaire et sociale. Cependant, une prise de conscience collective semble voir le jour et se faire entendre dans les médias et dans la rue.

Nos consœurs et confrères de la Quadrature du Net ont obtenu gain de cause contre l’usage des drones en manifestation – et l’interdiction a été élargie par la CNIL à toute utilisation de drones par le ministère de l’Intérieur. Au niveau européen, le réseau European Digital Rights (EDRi) mène une initiative citoyenne européenne pour interdire la reconnaissance faciale dans les lieux publics (on en parle plus bas). Signez ici pour bien commencer l’année !

DEMOCRATIE

Passés les déboires trumpiens liés à son éviction de Twitter, et l’étonnement général suscité par l’ingérence des grandes plateformes dans la vie publique (une ingérence qui n’a pas commencé le 6 janvier 2021…), une actualité nous a particulièrement intéressé.es : la récente constitution d’un syndicat chez Alphabet (ex-Google), le Alphabet Workers Union (AWU). Pour qui suit les mouvements de « travailleur.ses de la tech », ceci n’est pas si surprenant. Ce mouvement qui couve depuis plusieurs années doit beaucoup aux luttes de femmes racisées contre les discriminations et le harcèlement. Ces combats ont ensuite glissé vers la dénonciation des contrats avec l’armée et ils interrogent aujourd’hui les modes de prise de décision dans l’entreprise (dans une interview dans Jacobin, les fondateurs du mouvement parlent même d’un besoin de « démocratie économique »).

En dehors de cela, les Moutons du groupe de travail « Démocratie et technologie » sont allés rencontrer des représentant.es du « Biometric Council », sorte de conférence citoyenne organisée par le Ada Lovelace Institute à Londres. Les Moutons gardent également un œil sur les nombreuses conférences citoyennes locales sur la 5G organisées par certaines mairies. Sur un plan moins institutionnel, quelques Moutons s’aventurent sur des terrains plus militants, en allant suivre les contestations qui ont lieu en ce moment en Seine-Saint-Denis autour des JO 2024 et des projets technologiques associés (dispositifs de surveillance, infrastructures techniques et/ou high tech…). Certains d’entre nous profitent également de leur proximité avec le terrain berlinois pour se pencher sur l’intense gentrification du quartier populaire de Kreuzberg engendrée par l’installation massive et exponentielle des grandes entreprises tech… Nous vous reparlerons vite de tout cela !

INTERSECTIONNALITE

Robert Williams, Nijeer Parks, Michael Oliver.

Ces trois hommes ont un point commun : ils ont été arrêtés et incarcérés à cause d’erreurs dues aux logiciels de reconnaissance faciale utilisés par les forces de police.

Ils ont un autre point commun : ils sont noirs.

En décembre dernier, un article du New York Times faisait état du troisième cas d’arrestation en quelques mois, d’un homme noir suite à une mauvaise identification des logiciels de reconnaissance faciale aux Etats-Unis.

Si le mouvement Black Lives Matter a fait émerger un débat national sur les violences policières, leur caractère systémique est renforcé par les biais des technologies utilisées pour surveiller les populations. Les travaux de la chercheuse Joy Buolamwini ont montré, dès 2018, le taux d’erreur phénoménal des logiciels de reconnaissance faciale pour les personnes ayant la peau foncée et en particulier pour les femmes.

Ces exemples soulignent combien la lutte contre la surveillance massive est une lutte non seulement anti-raciste mais pour une plus grande justice sociale, dont nous aurons l’occasion de reparler dans mois à venir.

EDUCATION

Dans une actualité fortement marquée par la crise sanitaire et les perspectives d’un nouveau confinement, les tensions s’accentuent dans la communauté éducative, et notre groupe de travail poursuit sa veille.

Dans une tribune publiée sur Libération, Christophe Cailleaux et Amélie Harte rappellent, que « l’enseignement à distance ne doit pas faire école » et invitent à refuser un état d’urgence pédagogique permanent qui aggrave les maux de l’école, notamment par les effets délétères sur les corps et les esprits d’une numérisation accrue des activités d’enseignement et d’apprentissage, et semble surtout servir de motivation pour une « stratégie du choc » qui vise à accélérer une politique néolibérale pour l’école.

De son côté, le chercheur Christophe Masutti, également membre administrateur de Framasoft, soulève la question de l’équipement des élèves et des familles dans un billet de blog intitulé « Un ordi par lycéen : la surenchère inutile ». L’auteur y liste tout ce qui le chiffonne, des problèmes liés au matériel lui-même (qualité, obsolescence rapide, impact écologique), aux choix logiciels embarqués et des ressources compatibles (marqués par un assujettissement à Microsoft).

Pour tempérer quelque peu le propos, on pourra consulter le récent rapport du Cnesco (Centre national d’études du système scolaire) sur le numérique à l’école, coordonné par le chercheur en sciences de l’éducation André Tricot, qui dresse un état des lieux de la recherche sur les usages des outils numériques par les élèves et sur leurs effets sur les apprentissages.

ECOLOGIE

Les éditions du Seuil viennent de publier La Servitude Électrique : Du rêve de liberté à la prison numérique écrit par Gérard Dubey et Alain Gras. Dans cet ouvrage, ils retracent l’histoire de notre chère “fée” électrique pour mieux déconstruire les discours et les mythes qui l’accompagnent depuis ses premières apparitions à son réenchantement numérique. Ils racontent ainsi le sombre pouvoir qu’elle exerce ainsi que les nombreux dégâts et déchets qu’elle laisse sur son parcours, largement cachés par nos infrastructures et politiques modernes. Que la lumière soit !

Dans un autre registre, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes (ARCEP) exposait ses premiers travaux pour mettre en place une régulation du numérique en France dans le rapport « Pour un numérique soutenable » publié le 15 décembre dernier. Ce document fait suite au lancement d’une plateforme de travail lancée en juin 2020 et rassemblant de multiples acteurs du secteur – dont le Mouton Numérique.

En parallèle et suite à une demande du Sénat, le Haut Conseil pour le Climat (HCC) a publié son premier rapport sur la 5G : Maîtriser l’impact carbone de la 5G. Sans surprise, on y apprend que le déploiement de la 5G devrait augmenter l’empreinte carbone du numérique (entre 2,7 Mt éqCO2 et 6,7 Mt éqCO2 en 2030 liée à la construction et la mise à disposition de nouvelles infrastructures, terminaux et services mais aussi une augmentation de la consommation d’électricité). Le tout sans que l’on puisse s’assurer de sa réelle contribution à la transition bas-carbone car « reposant actuellement sur peu d’évaluations quantifiées »… Espérons donc que pour la 6G, les rapports du HCC arrivent avant les velléités de débats de l’ARCEP.

ACTUS MOUTONS

Interdire la surveillance biométrique de masse dans l’espace public : vous en rêviez, l’Europe l’a fait ! Enfin, pourrait le faire. Pour cela, il faut tout simplement qu’un million de citoyen.nes venant d’au moins un quart des pays membres de l’Union européenne signent la proposition #ReclaimYourFace pour amener la Commission européenne à légiférer.

Bon, c’est pas gagné mais cela ne doit pas nous empêcher de soutenir cette campagne, en commençant par signer l’initiative : https://reclaimyourface.eu/the-solution/#sign

Parmi les organisations impliquées, on retrouve notre Quadrature du Net nationale ou sa comparse serbe, la Fondation Share, qui se bat aussi contre les ravages de la « safe city » (puisque vous êtes là, jetez un oeil au documentaire réalisé dans le cadre de la campagne #HiljadeKamera – mille caméras – dénonçant l’installation massive par Huawei de caméras dans les rues de Belgrade).

Récentes interventions des Moutons Numériques

En janvier, nous avons participé à la première édition de F(r)ictions numériques, un festival organisé par Ouishare pour interroger les pratiques et fictions numériques ayant cours dans le monde du travail. Nous étions présents à deux événements :

  • table ronde « Repensons les codes de la transformation numérique » dans laquelle nous avons essayé de créer des ponts entre les enjeux sociaux (conditions de travail notamment) et les enjeux environnementaux du numérique ;
  • podcast « Numérique travaillé et travail numérisé », dans lequel nous parlions de choix technologiques dans le monde du travail.

Pour en savoir plus sur l’événement, c’est par ici et pour réécouter les interventions, c’est par .

Nous avons également participé à la première émission « 31 ans de Web, et aujourd’hui ? » du Lavoir numérique dans laquelle nous sommes revenu.es sur l’histoire d’internet pour comprendre les principaux enjeux que pose aujourd’hui le réseau.

Author: Mouton Numérique

Eclairer la société qui innove

Website: https://mouton-numerique.org

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