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Partenariat : la Croix-Rouge diffuse le droit humanitaire à travers le jeu vidéo

Partenariat : la Croix-Rouge diffuse le droit humanitaire à travers le jeu vidéo

Le 06 avril dernier, la Croix-Rouge organisait à la Cité des Sciences et de l’industrie un grand concours rassemblant 6 écoles autour du thème « humaniser la guerre à travers le jeu vidéo ». L’idée : faire prendre conscience des règles du droit international humanitaire (DIH) auprès du public le plus vaste possible. Le Mouton Numérique, partenaire de l’événement, a ouvert puis accompagné la journée en la personne d’Irénée Régnauld.

Nous relayons ici la vidéo de l’événement ainsi que le discours qui fut prononcé en ouverture.

Bonjour à tous,

Merci Caroline, et à travers toi la Croix Rouge. Je suis tout à fait ravi de présider cette séance qui promet d’être riche et originale. Merci à vous tous dans la salle et en ligne, que vous soyez experts des questions de Droit International Humanitaire ou tout simplement concernés, voire curieux. Enfin, merci au jury de ce concours, et aux candidats qui ont décidé de relever le défi ambitieux que leur a lancé la Croix-Rouge : humaniser la guerre grâce au jeu vidéo et sensibiliser au Droit international humanitaire.

Comme l’a dit Caroline, je suis le fondateur d’une association qui s’appelle Le Mouton Numérique et qui, par ses formats, débats, radios, écrits et surtout ses adhérents, se donne pour mission « d’éclairer la société qui innove ». Car vous le savez, il y a dans atout développement technologique une part de progrès… mais aussi une part de régression, d’où la nécessité de toujours savoir de quoi on parle quand on dit « progrès technologique ». En fait, c’est toujours ambivalent, cette question n’a jamais été aussi prégnante à l’heure des grandes plates-formes numériques auxquelles plus personne n’échappe désormais. L’innovation et le numérique « mangent le monde », pour paraphraser Marc Andreessen. Et dans ce grand mouvement, nous sommes tous un peu des moutons, blancs ou noirs (ou plutôt l’un et l’autre à la fois). Pourquoi ? Parce que nous subissons cette tension permanente entre les bienfaits des nouvelles technologies et les risques qu’elles font peser sur les hommes et sur la biosphère. D’où ce besoin d’une posture critique, politique, qui questionne sans rejeter, qui déconstruit les enjeux technologiques sans pour autant nier leur potentiel ou céder béatement à l’innovation.

A cela il faut ajouter – ça ne surprendra personne – que les choses avancent très vite. La perception du temps lui-même, s’est métamorphosée au contact du numérique. Et c’est particulièrement problématique pour le droit, sans cesse dépassé par les innovations technologiques qui font parfois de cette prise de vitesse, de ces zones grises, un avantage compétitif, une option stratégique. Nous en parlions la semaine dernière avec Caroline qui intervenait lors d’un débat que nous organisions autour des drones de guerre armés, c’était au Château de Vincennes. Nous en venions à nous demander si demain, des armes volantes pleinement autonomes (c’est-à-dire pouvant, seules, prendre la décision de faire feu) pourraient intégrer dans leurs algorithmes les règles du Droit International Humanitaire. Et quand bien même ce serait possible techniquement, ne serait-il pas plus logique de se demander s’il est vraiment nécessaire de faire la guerre avec des drones depuis une caserne dans le Nevada plutôt que d’essayer de trouver des solutions sur place, entre humains, et sans machines.  Est-ce que ne serait pas ça, « humaniser la guerre » ?

La journée d’aujourd’hui fait clairement écho à ces problématiques. A la fois parce qu’elle pose la question technologique à travers le jeu vidéo, mais aussi parce qu’elle peut nous permettre d’utiliser cette technologie avec une visée éducatrice. Puisque c’est bien de ça dont il s’agit, d’éduquer : faire prendre conscience de l’existence de règles dans la guerre. Le Droit International Humanitaire, je le rappelle, demande d’abord à ce qu’on protège ceux qui ne combattent pas. A ce qu’un usage proportionné de la force soit fait, pour éviter les pertes inutiles et enfin à ce qu’on recueille et soigne les blessés, d’où la nécessité de protéger également ceux qui leurs portent secours. En un mot : le Droit International Humanitaire demande à ce qu’on respecte la dignité humaine, même lors d’une situation de conflit armé. Ces règles reposent, vous le savez peut-être, sur les conventions de Genève, ce sont ces mêmes conventions qui protègent aujourd’hui les réfugiés, demandeurs d’asile qui sont les victimes directes de ces guerres.

Le jeu vidéo lui, est souvent loin de ces grands principes. Parfois même, on l’accuse de dévoyer le message juridique. Il y a quelques mois je m’arrêtais devant une publicité géante gare Saint-Lazare, pour un jeu vidéo très connu – dont je tairais le nom – et qui promettait, pour faire simple : l’aventure, les exploits, le grand frisson, le culte des armes et des héros de guerre. C’est assez paradoxal quand on y pense, puisque s’il y a bien une activité humaine qui n’est pas un jeu, c’est la guerre.

Ce que la Croix-Rouge fait aujourd’hui, et c’est aussi pourquoi notre association est fière d’y participer, c’est questionner les conditions de production du jeu vidéo (mais ça pourrait être un outil logiciel, un site internet, un réseau social planétaire). La question, il me semble (regard vers Caroline ?), c’est plutôt : comment faire autrement ? Par où débute-t-on ? Et avec quels objectifs politiques, sociétaux ? Quelles ambitions pour les joueurs ? Quand on commence par poser ces questions, on finit avec d’autres jeux, d’autres environnements technologiques. Dans les débats qui concernent aujourd’hui « le numérique » (si tant est qu’on puisse lui donner une définition précise – disons, une mise en données du monde), il est souvent question d’éducation. Particulièrement quand surviennent des polémiques relatives à des systèmes informatiques qu’on comprend mal comme par exemple, l’admission Post-bac (APB) qui a fait couler beaucoup d’encre. On entend parfois qu’il faut « apprendre à coder aux jeunes » ou encore encourager la culture technique. Certes. Mais ça ne suffit pas, ce qui compte ce n’est pas tant la technologie, mais le rapport au monde qu’elle ouvre. Les choix qui sont derrière, et ces choix sont autant philosophiques et politiques que techniques. On en parle, mais ça s’arrête souvent là. En témoigne le peu de recherche réalisé dans les domaines des sciences-sociales appliquées aux nouvelles technologies. Une raison de plus pour féliciter la Croix-Rouge qui veille à nourrir cette rencontre entre les disciplines avec ce concours.

Il y a un philosophe qu’on aime beaucoup au Mouton, un grand penseur de la technique qui s’appelle Gilbert Simondon et qui disait la chose suivante : « Je crois qu’il y a de l’humain dans les machines, et que cet humain aliéné peut être sauvé à la condition que l’homme soit bienveillant à son égard. » Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il y a dans la philosophie de Simondon une notion de respect vis-à-vis de des choses que l’on fabrique. Si on applique cette citation, et plus largement la pensée du philosophe au jeu vidéo, on tombe sur un constat simple : il devient possible de mettre des valeurs dans la technologie. Tout comme il est possible d’introduire des idées dans un algorithme (ou des stéréotypes) ou encore une vision du monde dans une règle de droit. Et d’ailleurs ne dit-on pas du droit qu’il est aussi une technique, qu’on utilise pour gouverner les hommes ? Avec plus d’un français sur deux qui joue aux jeux vidéos, il y a clairement un « créneau à prendre » pour sensibiliser au Droit International Humanitaire et changer la donne à travers ce que la technologie peut produire de plus immersif, et même artistique.

Ce Droit International Humanitaire, il est au centre des projets que nous allons voir aujourd’hui. Quatre écoles, et cinq équipes au total vont nous montrer leurs prototypes, selon un ordre qui a été tiré au sort. Ces équipes rassemblent jusqu’à trente personnes sur des projets qui ont demandé jusqu’à 7 mois de travail et qui remplissent un cahier des charges très précis. Ils ont travaillé bien sûr sur les histoires, les scénarios qu’ils vont nous raconter, mais aussi les interfaces, le game play, l’ambiance sonore, le style graphique et les cinématiques. Chaque équipe aura quinze minutes pour présenter et expliquer les choix qu’ils auront privilégiés et chacune de leurs présentations sera suivie des questions du jury. Je vous demanderai évidemment de les soutenir, c’est pour eux l’aboutissement d’un investissement important qui mérite d’être salué et applaudi. Après ces présentations – ne vous inquiétez pas, on s’autorisera une pause – nous laisserons le jury délibérer. Vous pourrez pendant ce temps poser vos questions aux différentes équipes, et enfin, voter, vous aussi, car la compétition d’aujourd’hui a pour but de remettre non pas un, mais deux prix. Le prix du jury et le prix du public. Tout d’abord, le prix du jury récompensera l’équipe sélectionnée avec un chèque de 50 000 euros auquel s’ajoutera un accompagnement de la Croix Rouge pour développer le jeu vidéo. Quant au prix du public, l’équipe gagnante partira sur les traces d’Henry Dunant à Genève pour aller rencontrer le Comité International de la Croix Rouge et visiter le Musée International de la Croix-Rouge.

Author: Mouton Numérique

Eclairer la société qui innove

Website: http://mouton-numerique.org

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